L’essentiel. Le procès-verbal est établi par le secrétaire du CSE, en principe dans les quinze jours. L’enregistrement de la séance est possible, et le CSE peut l’imposer à l’employeur sauf délibérations confidentielles. Mais depuis l’arrêt du 7 octobre 2026, un employeur qui enregistre les réunions pour vérifier la fidélité des procès-verbaux commet un trouble manifestement illicite.
1. Qui rédige le procès-verbal
L’article L. 2315-34 du Code du travail est sans ambiguïté : « les délibérations du comité social et économique sont consignées dans un procès-verbal établi par le secrétaire du comité ». Pas par l’employeur, pas par l’assistante de direction, pas par le président de séance.
Ce n’est pas une question de politesse institutionnelle. La Cour de cassation a qualifié cette rédaction de prérogative exclusive du secrétaire dans son arrêt du 7 octobre 2026, et en a tiré des conséquences très concrètes — nous y venons au point 4.
Le secrétaire peut se faire aider. Rien n’interdit de recourir à un prestataire pour la frappe ou la transcription : c’est même ce que prévoit l’article D. 2315-27 lorsqu’il évoque la sténographie. Mais c’est le secrétaire qui arrête le texte et en répond.
Une précision de périmètre, que la Cour de cassation prend elle-même le soin de rappeler : ces articles figurent dans une section applicable aux entreprises d’au moins cinquante salariés. En dessous de ce seuil, le fonctionnement du comité obéit à d’autres règles.
2. Les délais, et ce qui les fait varier
Un accord conclu dans les conditions de l’article L. 2312-16 peut fixer librement le délai et les modalités. À défaut d’accord, c’est l’article D. 2315-26 qui s’applique :
| Situation | Délai de transmission à l’employeur |
|---|---|
| Réunion ordinaire | 15 jours suivant la réunion — ou avant la réunion suivante si elle intervient dans ce délai |
| Consultation sur un projet de licenciement collectif (art. L. 1233-30) | 3 jours — ou avant la réunion suivante si elle intervient dans ce délai |
| Entreprise en redressement ou en liquidation judiciaire | 1 jour |
Ces délais courts ne sont pas théoriques : ce sont précisément les réunions où le procès-verbal sera relu par un juge. Un comité qui n’a pas organisé sa prise de notes à l’avance ne les tient pas.
Une fois le procès-verbal transmis, l’employeur fait connaître lors de la réunion suivante sa décision motivée sur les propositions qui lui ont été soumises.
3. Ce que le procès-verbal doit contenir
Là encore, un accord peut en décider autrement. À défaut, l’article D. 2315-26 fixe un plancher : le procès-verbal contient au moins le résumé des délibérations du comité et la décision motivée de l’employeur sur les propositions faites lors de la précédente réunion.
« Au moins » : c’est un minimum, pas un format. S’y ajoute une règle souvent oubliée, posée par l’article L. 2315-34 — les déclarations sont consignées dans le procès-verbal. Un élu, ou l’employeur, qui demande qu’une déclaration figure au procès-verbal est en droit de l’obtenir. C’est la voie normale pour faire acter un désaccord, et elle est bien plus solide qu’une contestation après coup.
En pratique, un procès-verbal utilisable comporte :
- la date, l’heure d’ouverture et de clôture, le lieu ;
- les présents, les absents et les excusés, avec leur qualité ;
- l’ordre du jour tel qu’il a été arrêté ;
- pour chaque point, le résumé des débats puis, séparément, l’avis rendu et le vote chiffré ;
- les déclarations dont la consignation a été demandée, reproduites telles quelles ;
- la décision motivée de l’employeur sur les propositions de la réunion précédente.
Séparer le résumé des débats du libellé de l’avis est la précaution la plus rentable : c’est l’avis, et lui seul, qui produit des effets juridiques.
4. Enregistrer la séance : qui décide, et qui paie
L’article D. 2315-27 organise le recours à l’enregistrement ou à la sténographie. Quatre règles en découlent :
- L’employeur ou la délégation du personnel peuvent en décider. Les deux sont cités par le texte.
- Si la décision vient du CSE, l’employeur ne peut pas s’y opposer — sauf lorsque les délibérations portent sur des informations confidentielles au sens de l’article L. 2315-3 et qu’il les présente comme telles. Les deux conditions sont cumulatives : affirmer après coup qu’un sujet était sensible ne suffit pas.
- Le sténographe extérieur est tenu à la même obligation de discrétion que les membres du comité. La même logique vaut pour tout prestataire qui accède à l’audio.
- Les frais sont à la charge de l’employeur lorsque la décision de recourir à l’enregistrement émane de lui — sauf accord contraire entre l’employeur et les membres élus.
Le dernier point mérite un mot, parce qu’il est régulièrement présenté à l’envers : le texte met les frais à la charge de l’employeur quand c’est lui qui décide. Lorsque c’est le comité qui décide, le financement relève de la négociation, et en pratique du budget de fonctionnement.
5. L’arrêt du 7 octobre 2026 : l’employeur ne peut pas enregistrer pour surveiller
C’est la décision la plus importante de l’année sur le sujet : Cour de cassation, chambre sociale, 7 octobre 2026, pourvoi n° 25-10.664, arrêt n° 813 FS-B, publié au Bulletin.
Les faits. Dans une entreprise de plus de 1 400 salariés, le comité avait décidé en février 2022 d’enregistrer ses réunions pour faciliter la rédaction des procès-verbaux. Estimant que ces procès-verbaux ne retranscrivaient pas fidèlement les débats, la direction a demandé l’accès aux enregistrements ; les élus ont refusé. Après l’échec d’une procédure pour obtenir les fichiers, l’employeur a décidé d’enregistrer lui-même les réunions du comité et de la commission santé, sécurité et conditions de travail. Les élus ont saisi le juge des référés pour faire interdire ces enregistrements.
Ce que juge la Cour. Le pourvoi de l’employeur est rejeté, en deux temps.
D’abord, la combinaison des articles L. 2315-34 et D. 2315-27 conduit à une finalité unique : l’enregistrement ou la sténographie des séances « a pour seule finalité la rédaction du procès-verbal des délibérations de l’instance, dont l’établissement est une prérogative exclusive du secrétaire du comité ».
Ensuite, le terrain du RGPD. L’employeur avait enregistré pour contrôler la fidélité de la retranscription, tracer le déroulement des réunions et se constituer des preuves. En faisant cela, il collectait les données personnelles des représentants du personnel au sens de l’article 4 du RGPD, à des fins étrangères à l’obligation légale d’établissement du procès-verbal par le secrétaire. Il ne poursuivait donc pas un intérêt légitime au sens de l’article 6, § 1 — et le trouble manifestement illicite était caractérisé.
Ce que ça change. Le raisonnement ne porte pas sur le consentement des élus, mais sur la finalité. Un employeur ne peut pas transformer un dispositif prévu pour aider à rédiger le procès-verbal en outil de contrôle des élus, de traçabilité des échanges ou de constitution de preuves. Le texte continue de le citer parmi ceux qui peuvent décider d’un enregistrement, mais la finalité admise est étroite, et la charge de la démontrer pèse sur lui.
À retenir pour un employeur. Enregistrer « pour avoir une trace » n’est pas une finalité recevable. Enregistrer en vue de la rédaction du procès-verbal, alors que celle-ci appartient au secrétaire, suppose au minimum que le comité y soit associé — idéalement par un accord écrit.
6. Que faire quand on conteste un procès-verbal
C’est la vraie question posée à la direction dans l’affaire ci-dessus, et elle reste entière. Les voies prévues par les textes sont plus simples que l’enregistrement clandestin :
- Faire consigner une déclaration. L’article L. 2315-34 l’impose. Une déclaration écrite, remise en séance, est intégrée au procès-verbal telle quelle.
- Demander la correction au moment de l’adoption. Le procès-verbal est approuvé lors d’une réunion ultérieure : c’est le moment prévu pour les rectifications, et elles figurent alors au procès-verbal de cette réunion-là.
- Négocier un accord. L’article L. 2315-34 renvoie à un accord pour définir le délai et les modalités d’établissement du procès-verbal. Rien n’empêche d’y régler aussi l’enregistrement : qui y a accès, pour combien de temps, et selon quelle procédure en cas de contestation.
- Proposer la sténographie. Elle est expressément prévue par D. 2315-27, et un tiers professionnel tenu à la discrétion désamorce souvent le procès en infidélité.
7. Diffuser le procès-verbal dans l’entreprise
L’article L. 2315-35 le permet : une fois adopté, le procès-verbal peut être affiché ou diffusé dans l’entreprise par le secrétaire, selon des modalités précisées par le règlement intérieur du comité.
Trois conditions, donc, et chacune compte : l’adoption préalable, l’initiative du secrétaire, et un règlement intérieur qui en fixe les modalités. Diffuser un projet non adopté, ou des passages couverts par la confidentialité au sens de l’article L. 2315-3, expose les élus à titre personnel.
8. Le volet protection des données
Un enregistrement de séance contient la voix d’une vingtaine de personnes identifiées, et souvent des informations sur leur situation professionnelle. C’est un traitement de données personnelles à part entière — l’arrêt du 7 octobre 2026 le dit sans détour. Quelques réflexes :
- Annoncer l’enregistrement en début de séance et le faire figurer au procès-verbal, avec sa finalité.
- Fixer une durée de conservation et s’y tenir : l’audio n’a plus d’utilité une fois le procès-verbal adopté.
- Restreindre l’accès au secrétaire et à la personne chargée de la transcription.
- Vérifier où le fichier est transcrit. Déposer l’enregistrement d’un CSE sur un service qui traite hors d’Europe, ou qui réutilise les contenus pour entraîner ses modèles, ajoute un problème à celui qu’on cherchait à résoudre.
Les questions à poser à un prestataire sont détaillées dans notre guide sur la transcription et le RGPD, et les règles applicables à l’enregistrement lui-même dans celui sur ce que la loi autorise quand on enregistre une réunion.
Questions fréquentes
Le CSE peut-il enregistrer sans l’accord de l’employeur ? Oui. L’article D. 2315-27 prévoit que l’employeur ne peut pas s’y opposer lorsque la décision émane du comité, sauf pour les délibérations portant sur des informations confidentielles au sens de l’article L. 2315-3 et présentées comme telles par lui.
L’employeur peut-il exiger d’écouter l’enregistrement du CSE ? L’arrêt du 7 octobre 2026 répond par la négative lorsque la demande vise à contrôler la fidélité du procès-verbal : cette finalité est étrangère à celle que la loi assigne à l’enregistrement. La contestation se règle par les déclarations consignées et l’adoption du procès-verbal.
Quel est le délai pour établir le procès-verbal ? Quinze jours à défaut d’accord, ou avant la réunion suivante si elle est plus proche. Trois jours dans le cadre d’une consultation sur un licenciement collectif relevant de l’article L. 1233-30, et un jour si l’entreprise est en redressement ou en liquidation judiciaire.
Peut-on confier la frappe du procès-verbal à un prestataire extérieur ? Oui, et D. 2315-27 l’envisage pour la sténographie, en soumettant la personne extérieure à la même obligation de discrétion que les membres du comité. La responsabilité du contenu reste celle du secrétaire.
Un procès-verbal non adopté peut-il être diffusé ? Non. L’article L. 2315-35 subordonne l’affichage ou la diffusion à l’adoption préalable, et la confie au secrétaire selon les modalités du règlement intérieur du comité.
Pour aller plus loin
Enregistrer une réunion ou un entretien : ce que la loi française autorise — l’article 226-1 du Code pénal, l’annonce à faire avant d’appuyer sur le bouton, et la preuve déloyale depuis l’arrêt d’assemblée plénière du 22 décembre 2023.
Transcription et RGPD : où partent vos enregistrements — les quatre questions à poser à un prestataire avant de lui confier un enregistrement de séance.
Cet article décrit l’état du droit au 6 novembre 2026. Il donne des repères généraux et ne remplace pas l’analyse d’un professionnel sur une situation précise. Verbatim transcrit les enregistrements de séance en Europe et les efface sous 24 heures.